Toute la presse Nationale - Toute la presse locale - La presse hors de nos frontières
 

Voilà un Astier caressant, popu et distingué, tel qu'en lui même, qui va nous surprendre dans de bien étranges langueurs. Un Astier de garde, dans lequel le maître affine et raffine sensuellement son art musical. On le connaissait bon musicien, Astier a mis le paquet sur « LA LUNE AU FOND DU VERRE », histoire de nous montrer ce que peut un grand. Dix titres qui voyagent dans un univers violent et tendre qui mêle la poésie nocturne à l'humour noir, nous parlent de la fragilité du bonheur, d'amours en dérive, de passion, d'alcool, de fureur. Mais pour être toujours un diable de comptoir, Monsieur Astier ne s'y fait désormais servir que des mojitos dans les volutes de havane.

~ SUR UN AIR TRANSATLANTIQUE ~

Lassé des univers trop famés de la guitare manouche, c'est en se faisant caressant qu'au fil de « LA LUNE AU FOND DU VERRE », il explore les possibilités de rythmes plus chauds. Parti rouler sa bossa sur les airs transatlantiques, notre flibustier de la chanson s'est fait accompagner d'une fine bande de redoutables corsaires, recrutée entre Cap Vert, Antilles et Memphis. Hervé Legeay, guitariste de Sanseverino. Xavier Tribolet, batteur et pianiste de Lavilliers, Antonio Licusati, le contre-bassiste de toutes les pointures du French Swing, et bien sur Jean-Baptiste Laya le complice, arrangeur raffiné et guitariste inspiré. Et enfin à la cambuse, deux marmitons de première classe, Elias Siddiquis (ingénieur du son) et Raphaël Fruttaldo (directeur artistique), pour élaborer cette cuisine complexe de tango et de macumba et porter à point ce son élaboré.

~ SERIE NOIRE ASTERIENNE ~

Si ces tons glamour croisent à quelques encablures des Henri Salvador, Compay Segundo, ou Cesaria Evora, le bercement s'avère trompeur. Les fleurs tropicales des notes sont toutes plus ou moins empoisonnées d'une sourde perversité. Sarcastique, caustique, insolite et insolente, la plume incisive d'Astier ressemble ici plutôt au bistouri mordant du médecin légiste. Et les personnages qui s'échappent de nos amplis proviennent d'une véritable série noire astiérienne, galerie peu recommandable, d'empoisonneuses et d'égorgeuses, de sicaires et de mauvais garçons. Passé à tabac par Dji Dji le Maboul dans un PMU de Montparnasse, dans lequel Anna Virginie Grégoire a manqué nous faire boire le bouillon de minuit moins le quart, on échappe à peine à la moto de Rocky Gambetta, que nous voilà nez à nez avec l'Assassin au chapeau noir. Si les lunes mauvaises du Bal des microbes nous épargnent, c'est pour mieux nous voir tomber dans le caniveau, la faute au truculissime « Que fait donc la police ? ». Voilà un CD qui, même dûment payé, risque de faire hululer les portails de sécurité et rappliquer les vigiles.

David Langlois-Mallet - POLITIS - Septembre 2005

 
Toute la presse Nationale - Toute la presse locale  - La presse hors de nos frontières
astier5@hotmail.com